Prendre un bisphosphonate pour traiter l'ostéoporose, c'est bien. Mais si vous le prenez avec votre complément de calcium en même temps, vous risquez de ne rien obtenir. C'est simple, brutal, et pourtant, des milliers de patients le font chaque jour. En France, près d'un patient sur deux ne suit pas les règles de prise. Et pourtant, ce n'est pas une question de volonté - c'est une question de compréhension.
Comment les bisphosphonates fonctionnent vraiment
Les bisphosphonates, comme l’alendronate, le risedronate ou le zoledronate, ne sont pas de simples « comprimés pour les os ». Ce sont des molécules conçues pour se coller directement à la surface des os, là où les cellules qui détruisent l'os - les ostéoclastes - travaillent. Une fois attachées, elles bloquent le mécanisme interne de ces cellules, comme un bouchon dans un tuyau. Résultat : la dégradation osseuse ralentit, voire s'arrête. C'est pourquoi, après deux à trois ans de traitement, les fractures vertébrales diminuent de 40 à 50 %, et les fractures de la hanche de 20 à 25 %. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques : ils sauvent des vies. Une fracture de la hanche chez une femme de plus de 65 ans augmente le risque de décès dans l'année de 20 à 24 %.
Le problème, c'est que ces médicaments sont extrêmement mal absorbés. Seulement 1 % de la dose prise par voie orale passe dans le sang. Le reste est éliminé. Et la clé de cette absorption, c'est la pureté du système digestif au moment de la prise.
Le calcium : un allié… ou un ennemi ?
Le calcium est indispensable. Sans lui, les bisphosphonates ne peuvent pas faire leur travail. Les essais cliniques majeurs - comme FIT et VERT - ont montré qu’un apport quotidien de 500 à 1 000 mg de calcium supplémentaire (au-delà de l’alimentation) est nécessaire pour que le traitement fonctionne. Mais le calcium, quand il est présent dans l’estomac en même temps que le bisphosphonate, forme un complexe insoluble. C’est comme mélanger du lait et du vinaigre : ça coagule, ça ne passe plus.
Des études pharmacologiques ont prouvé que si vous prenez votre comprimé de calcium juste après votre bisphosphonate, l’absorption de ce dernier chute de jusqu’à 90 %. Cela signifie que vous prenez un médicament cher, prescrit par votre médecin, et que vous le rendez inutile. Et vous ne le savez même pas.
Les règles de prise : pas de compromis
Voici la seule méthode validée par les sociétés savantes (Endocrine Society, American College of Rheumatology, International Osteoporosis Foundation) :
- Prenez votre bisphosphonate le matin, à jeun, avec un verre d’eau pure (pas de jus, pas de café, pas de lait).
- Restez debout ou assis pendant 30 à 60 minutes après la prise. Pas allongé. Pas en train de lire. Pas en train de déjeuner.
- Attendez au moins 30 minutes - idéalement une heure - avant de manger, boire autre chose que de l’eau, ou prendre votre complément de calcium.
- Prenez votre calcium plus tard dans la journée, par exemple au déjeuner ou au dîner.
Il n’y a pas de flexibilité ici. Même si vous oubliez une fois, vous perdez une grande partie de l’efficacité. Et si vous le faites régulièrement, vous n’obtenez pas le traitement - vous payez pour quelque chose qui ne marche pas.
Les erreurs courantes - et pourquoi elles sont si fréquentes
Sur les forums de patients, comme Reddit ou les groupes français dédiés à l’ostéoporose, les témoignages sont unanimes : « J’ai cru que je devais les prendre ensemble. » « J’ai pris mon calcium à midi, et mon bisphosphonate à 8h, mais j’ai oublié qu’il fallait attendre. » « Mon médecin ne m’a jamais expliqué ça clairement. »
Une étude du National Osteoporosis Foundation en 2022 a révélé que 58 % des patients arrêtent leur traitement dans la première année. Et la troisième raison la plus citée ? « La complexité de la prise de plusieurs médicaments avec des horaires stricts. »
Les patients ne sont pas négligents. Ils sont mal informés. Les médecins, souvent débordés, ne disposent pas toujours du temps pour expliquer ces détails. Les notices ne sont pas claires. Et les pharmacies ne proposent pas toujours de solutions adaptées.
Une solution simple : les packs combinés
Il existe une réponse pratique : les packs combinés. Par exemple, le pack Actonel with Calcium contient un comprimé de risedronate et six comprimés de carbonate de calcium, dans un même blister. Chaque comprimé de calcium est marqué avec un jour de la semaine. L’emballage indique clairement : « Prenez ce comprimé à jeun avec de l’eau. Attendez une heure. Puis prenez ce calcium à votre déjeuner. »
Une étude de 2006 a montré que ce type d’emballage améliore la compréhension du schéma de prise de 28 %, et augmente la satisfaction des patients. Sur Drugs.com, ce pack a une note moyenne de 4,2 sur 5, avec des commentaires comme : « Enfin, je n’ai plus à me souvenir de tout. » ou « Le système de rappel m’a sauvé la vie. »
En France, ces packs existent, mais ils ne sont pas toujours remboursés en totalité. Il faut souvent les demander explicitement à son médecin ou à son pharmacien. Ne vous contentez pas du comprimé isolé. Demandez le pack complet.
Le rôle invisible de la vitamine D
Le calcium ne s’absorbe pas bien sans vitamine D. Et pourtant, 70 % des personnes âgées en France ont un taux insuffisant. La recommandation officielle est de 800 à 1 000 UI par jour. Ce n’est pas un complément optionnel - c’est une partie intégrante du traitement. Prenez-le avec le repas du midi ou du soir, pas le matin. Il n’interfère pas avec les bisphosphonates.
Une simple prise de sang peut vérifier votre taux de vitamine D. Si vous ne l’avez jamais fait, demandez-le à votre médecin. C’est gratuit en France dans le cadre du suivi de l’ostéoporose.
Les risques réels - et ceux qu’on exagère
On parle souvent d’ostéonécrose de la mâchoire ou de fractures atypiques du fémur. Ces effets sont réels, mais extrêmement rares. Le nombre de patients à traiter pour qu’un cas d’ostéonécrose survienne est estimé à 10 000 à 100 000 patient-années. En comparaison, le nombre de patients à traiter pour éviter une fracture de la hanche est de 44. C’est-à-dire : pour chaque patient qui développe un risque rare, 44 patients évitent une fracture mortelle.
La règle d’or ? Si vous êtes à risque de fracture, le traitement est largement plus bénéfique que dangereux. Et surtout : ces risques ne surviennent que si le traitement est mal suivi, ou s’il est prolongé sans réévaluation. Les recommandations actuelles préconisent une pause thérapeutique (« drug holiday ») après 3 à 5 ans chez les patients à faible risque.
Que faire aujourd’hui ?
Voici votre checklist simple :
- Prenez votre bisphosphonate le matin, à jeun, avec un grand verre d’eau.
- Restez debout ou assis pendant 30 à 60 minutes.
- Attendez une heure avant de manger ou de prendre du calcium.
- Prenez votre calcium (500-1 000 mg) au déjeuner ou au dîner.
- Prenez votre vitamine D (800-1 000 UI) avec un repas.
- Demandez à votre pharmacien le pack combiné si vous avez du mal à vous souvenir.
- Parlez à votre médecin d’une réévaluation tous les 3 à 5 ans.
Vous ne pouvez pas contrôler votre âge. Mais vous pouvez contrôler comment vous prenez vos médicaments. Une seule erreur de timing peut annuler des mois de traitement. Et pourtant, une seule bonne habitude peut vous protéger pendant des années.
Puis-je prendre mon bisphosphonate avec du jus d’orange ou du café ?
Non. Toute boisson autre que de l’eau pure - y compris le jus d’orange, le café, le thé ou le lait - réduit l’absorption du bisphosphonate. Seule l’eau permet une absorption optimale. Même une gorgée de jus peut réduire l’efficacité du traitement.
Si j’oublie de prendre mon bisphosphonate un matin, puis-je le prendre le soir ?
Non. Les bisphosphonates oraux doivent être pris à jeun, le matin. Si vous oubliez, sautez la dose. Ne la prenez pas le soir. Prenez-la le lendemain à l’heure habituelle. Ne doublez jamais la dose pour rattraper un oubli. Cela augmente le risque d’irritation de l’œsophage sans améliorer l’efficacité.
Le calcium doit-il être pris en une seule fois ou en deux doses ?
Il est préférable de diviser la dose quotidienne en deux prises (par exemple 500 mg au déjeuner et 500 mg au dîner). L’organisme absorbe mieux le calcium en petites quantités. Une seule prise de 1 000 mg peut être moins efficace que deux prises de 500 mg.
Les bisphosphonates peuvent-ils endommager l’œsophage ?
Oui, si vous ne suivez pas les consignes. Prendre le comprimé allongé, ou ne pas boire assez d’eau, ou se coucher après la prise, augmente le risque d’irritation de l’œsophage. C’est la cause la plus fréquente de douleurs thoraciques liées à ces médicaments. Suivez les règles : debout, eau, 30-60 minutes d’attente. Le risque devient quasi nul.
Est-ce que je dois prendre du calcium même si je mange beaucoup de produits laitiers ?
Oui. Même avec une alimentation riche en calcium (lait, yaourts, fromages), la plupart des personnes âgées ne reçoivent pas suffisamment de calcium pour soutenir le traitement. Les recommandations médicales exigent un supplément de 500 à 1 000 mg par jour, au-delà de l’apport alimentaire. Ne supposez pas que votre alimentation suffit - vérifiez avec votre médecin.
Ecrit par Gaëlle Veyrat
Voir tous les articles par: Gaëlle Veyrat