Quand un incendie, une inondation ou un séisme vous oblige à fuir en quelques minutes, ce qui compte le plus, ce n’est pas votre téléphone, ni même vos papiers. C’est votre médicament. Une dose manquée de tension artérielle, d’insuline ou de traitement pour l’épilepsie peut vous plonger dans une crise médicale bien pire que la catastrophe elle-même. Pourtant, trop de gens n’ont rien préparé. Et pour cause : ils pensent que les secours arriveront vite. Mais dans les 72 premières heures après une urgence, les pharmacies sont fermées, les hôpitaux saturés, et les routes bloquées. Votre sac de survie doit inclure vos médicaments - pas juste quelques comprimés, mais une réserve fiable, bien organisée et prête à partir à tout moment.
Combien de médicaments faut-il avoir ?
La règle la plus courante, celle de la Croix-Rouge américaine, est de prévoir une semaine de traitement. Mais dans certaines régions, comme en Californie où les feux de forêt peuvent durer des semaines, les autorités locales comme Alert San Diego recommandent deux semaines. Pourquoi cette différence ? Parce que les urgences ne durent pas toutes le même temps. Une évacuation de 3 jours, c’est possible. Une évacuation de 14 jours, c’est devenu normal. Si vous avez une maladie chronique, ne vous contentez pas du minimum. Visez deux semaines. C’est le seuil minimum pour ne pas être pris au dépourvu.Le CDC rappelle que 89 % des personnes de plus de 65 ans prennent au moins un médicament sur ordonnance. Et pourtant, selon un rapport de la FEMA après l’ouragan Ida, 23 % des évacués n’avaient pas assez de médicaments. Parmi ceux qui en manquaient, 31 % avaient besoin de traitements cardiovasculaires, 22 % de médicaments pour la respiration, et 18 % d’insuline. Ce n’est pas une coïncidence. Ce sont les médicaments les plus critiques, les plus fragiles, et les plus souvent oubliés.
Quels médicaments mettre dans le sac ?
Ne prenez pas tout ce que vous avez chez vous. Concentrez-vous sur ce qui sauve la vie :- Tous les médicaments sur ordonnance pris quotidiennement (hypertension, diabète, thyroïde, anticoagulants, etc.)
- Les traitements d’urgence : stylos d’adrénaline (EpiPen), inhalateurs, comprimés de nitroglycérine
- Les médicaments sans ordonnance essentiels : analgésiques, antihistaminiques, antidiarrhéiques, sérum physiologique
- Les suppléments spécifiques : vitamine D, calcium, fer - si vous les prenez tous les jours
Si vous prenez un traitement particulier comme un médicament biologique (insuline, thérapie pour la sclérose en plaques, etc.), vous avez un besoin spécifique : la température. L’insuline perdue à cause d’une chaleur excessive a causé des urgences médicales pendant les feux de forêt en Californie. Il faut un système de refroidissement. Le Frio Wallet, testé par Consumer Reports en mars 2023, maintient une température sous 30°C pendant 48 heures sans électricité. C’est la seule solution fiable pour les médicaments sensibles. Ne comptez pas sur un sac ordinaire.
Comment organiser les médicaments ?
Un sac de survie, ce n’est pas un sac poubelle rempli de boîtes. C’est un système. Voici comment le construire :- Utilisez des boîtes d’organisateurs à compartiments, avec des étiquettes claires (nom du médicament, dose, heure de prise).
- Gardez toujours les médicaments dans leur emballage d’origine - avec la notice, la date d’expiration, et le nom du médecin. C’est vital pour les secours.
- Ne mélangez pas les comprimés. Un médicament mal identifié peut tuer.
- Placez les médicaments les plus critiques (insuline, EpiPen) dans un compartiment facilement accessible. Pas au fond du sac.
Si vous avez plusieurs personnes dans votre foyer, faites un sac par personne. Un sac familial, c’est un sac confus. Les enfants, les personnes âgées, les personnes avec allergies - chacun a ses besoins. Et ne oubliez pas : les médicaments des enfants ne sont pas les mêmes que ceux des adultes. Même si vous pensez que votre fils de 12 ans n’a pas besoin de médicaments, il peut avoir un asthme, une allergie aux arachides, ou un diabète de type 1.
Les documents à inclure - pas juste les comprimés
Un sac sans papier, c’est comme une voiture sans clés. Vous avez tout, mais vous ne pouvez pas l’utiliser. Voici ce qui doit absolument être dans votre sac :- Une liste écrite de tous vos médicaments : nom, dose, fréquence, raison de la prise
- Les noms et numéros de vos médecins traitants
- Vos allergies connues (médicaments, aliments, latex)
- Vos antécédents médicaux majeurs : diabète, insuffisance cardiaque, chirurgies, maladies rénales
- Une copie de votre carte vitale ou de votre assurance maladie
- Une autorisation de prise en charge médicale d’urgence, si vous en avez une (comme un testament de vie)
Utilisez un sac étanche, ou un sac en plastique scellé. L’eau, la poussière, la chaleur - tout peut détruire un papier. Une feuille noircie, un nom illisible, ça peut coûter la vie. Et si vous avez un téléphone, prenez une photo de cette liste. Stockez-la dans le cloud. Mais ne comptez pas dessus : sans batterie, sans réseau, votre téléphone est une pierre.
Comment vérifier et renouveler votre sac ?
Un sac de survie, ce n’est pas un truc que vous montez une fois et oubliez. Il faut le vérifier deux fois par an. En avril et en octobre. Pourquoi ? Parce que les médicaments expirent. Et pas seulement les comprimés. Les stylos d’adrénaline perdent leur efficacité après la date de péremption. Une dose périmée peut ne pas fonctionner. Et dans une urgence, vous n’avez pas le temps de faire un test.Voici comment faire :
- À chaque vérification, sortez chaque médicament, vérifiez la date d’expiration, l’aspect (coloration, odeur, liquide trouble)
- Remplacez tout ce qui est périmé ou endommagé
- Renouvelez les prescriptions dès que vous en avez le droit - ne patientez pas jusqu’à la dernière pilule
- Parlez à votre pharmacien : il peut vous donner un stock de 60 ou 90 jours au lieu de 30. C’est légal dans 42 États américains, et de plus en plus en Europe.
La Croix-Rouge a mené une enquête sur 1 200 foyers : la plupart des gens ont mis 2 à 3 tentatives avant de bien organiser leur sac. Ce n’est pas une tâche facile. Mais c’est une tâche vitale.
Les erreurs à éviter
Voici les erreurs les plus courantes, celles qui mettent la vie en danger :- Ne pas avoir de stock suffisant - une semaine, ce n’est pas assez si vous êtes bloqué plus de 10 jours.
- Stockage inadapté - le sac dans le garage, près du radiateur, ou dans la salle de bain : la chaleur et l’humidité détruisent les médicaments.
- Ne pas avoir de liste écrite - les secouristes ne connaissent pas vos traitements. Vous devez les leur dire.
- Confier le sac à quelqu’un d’autre - s’il est chez votre fils, ou dans votre voiture, il ne sera pas là quand vous en aurez besoin.
- Ignorer les médicaments pour enfants - même si vous n’en avez pas, vous pouvez être en charge d’un enfant en urgence.
Et surtout : ne dites pas « je n’ai pas le temps ». Le temps, vous l’aurez quand tout part en fumée. Maintenant, c’est le moment de préparer. Pas demain. Pas après la prochaine tempête. Maintenant.
Les nouvelles solutions qui changent la donne
Depuis 2023, de nouveaux outils rendent la préparation plus simple. Le MedAngel ONE, un petit capteur FDA-cleared, se fixe sur votre boîte de médicaments. Il vous envoie une alerte sur votre téléphone si la température dépasse les limites sûres. Même si vous êtes en déplacement, vous savez si votre insuline est en sécurité. Ce n’est pas un gadget. C’est une sécurité médicale.De plus, les hôpitaux et pharmacies commencent à proposer des templates imprimables pour les listes de médicaments. La CDC en a créé pour le diabète, les maladies cardiaques, et l’asthme. Vous pouvez les télécharger, les remplir, les mettre dans votre sac. C’est gratuit. Et ça sauve des vies.
Le marché de la préparation aux urgences a atteint 12,4 milliards de dollars en 2023. Mais seulement 22 % des foyers ont un sac de médicaments complet. Le reste ? Ils comptent sur la chance. Et la chance, dans une urgence, ne dure pas longtemps.
Faut-il garder les médicaments dans leur emballage d’origine ?
Oui, absolument. L’emballage original contient le nom du médicament, la dose, la date d’expiration, et le nom du prescripteur. En cas d’urgence, les secouristes ou les pharmaciens ont besoin de ces informations pour éviter les interactions médicamenteuses ou les erreurs. Même si vous utilisez un organisateur de pilules, gardez les boîtes d’origine dans le sac. Elles sont votre preuve médicale.
Puis-je mettre mes médicaments dans ma valise de voyage au lieu d’un sac dédié ?
Non. Un sac de survie doit être prêt à être pris en moins de 30 secondes. Une valise, c’est trop lourd, trop lent, trop difficile à trouver. Votre sac doit être toujours à la même place : sur une étagère haute dans votre chambre, près de la porte. Il doit être léger, compact, et facile à attraper. Votre valise, elle, reste dans le placard.
Et si je n’ai pas de médecin ?
Même sans médecin régulier, vous avez des médicaments. Notez tout ce que vous prenez : nom, dose, raison. Si vous avez des ordonnances, gardez-les. Si vous n’en avez pas, demandez à votre pharmacien de vous fournir une liste. Il connaît vos traitements. Il peut vous aider à les résumer. Et dans une urgence, cette liste est votre seul moyen d’être soigné correctement.
Comment faire pour les enfants ou les personnes âgées ?
Faites un sac pour chaque personne. Les enfants ont des besoins différents : doses plus petites, formes liquides, allergènes spécifiques. Les personnes âgées ont souvent plusieurs traitements à la fois. Un sac unique pour toute la famille est une erreur. Chaque sac doit être personnalisé, avec les noms, les allergies, les instructions claires. Et si vous êtes responsable d’un proche, incluez ses médicaments dans votre sac. Ne laissez personne sans médicament.
Et si je ne peux pas me rendre à la pharmacie pour renouveler mes ordonnances ?
Dans de nombreux pays, les pharmaciens peuvent délivrer une dose d’urgence sans ordonnance en cas de crise. En France, c’est possible dans certaines situations, surtout si vous avez une prescription récente. Parlez à votre pharmacien : demandez-lui s’il peut vous fournir un stock de 30 jours supplémentaires si vous êtes en situation d’urgence. C’est une option légale. Ne l’ignorez pas.
Ecrit par Gaëlle Veyrat
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