St. John’s Wort et SSRIs : risques de syndrome sérotoninergique et interactions dangereuses

St. John’s Wort et SSRIs : risques de syndrome sérotoninergique et interactions dangereuses

Combiner St. John’s Wort et SSRIs peut être mortel. Ce n’est pas une hypothèse, c’est un fait clinique. Des centaines de cas ont été documentés dans le monde, et pourtant, des milliers de personnes continuent de prendre cette herbe naturelle en même temps que leurs antidépresseurs. Pourquoi ? Parce qu’elles pensent que « naturel » signifie « sûr ». Ce n’est pas vrai. Et ce malentendu peut coûter la vie.

Qu’est-ce que le St. John’s Wort ?

Le St. John’s Wort, ou Hypericum perforatum, est une plante à fleurs jaunes originaire d’Europe. Depuis l’Antiquité, on l’utilise pour traiter les troubles de l’humeur. Dans les années 1990, elle est devenue populaire en Allemagne, où elle était prescrite comme traitement pour la dépression légère à modérée. Aujourd’hui, aux États-Unis, elle est vendue en libre-service comme complément alimentaire. En France et dans d’autres pays européens, elle est disponible sans ordonnance, mais son statut est plus strict.

Les préparations standardisées contiennent généralement 0,3 % d’hypericine. La dose courante est de 300 mg trois fois par jour - soit 900 mg par jour. Beaucoup la voient comme une alternative « plus douce » aux antidépresseurs chimiques. Mais ce n’est pas une simple tisane. C’est une substance active, avec des effets biologiques puissants et mesurables.

Comment agit-il sur le cerveau ?

Le St. John’s Wort n’agit pas comme un placebo. Il augmente la disponibilité de la sérotonine dans le cerveau - exactement comme les SSRIs. Il bloque la recapture de la sérotonine, et en plus, il agit comme un inhibiteur faible de la monoamine oxydase (MAO). C’est une double action sérotoninergique. Quand vous prenez un SSRI comme la sertraline ou le citalopram, votre corps reçoit déjà un coup de pouce sérotoninergique. Ajoutez-y le St. John’s Wort, et vous doublez l’effet.

En plus, l’hyperforine, un autre composant de la plante, active un récepteur appelé PXR. Cela déclenche une réponse du foie : il produit plus d’enzymes (CYP3A4, CYP2C9, CYP2C19) pour dégrader les médicaments. Résultat ? Les SSRIs métabolisés par ces enzymes - comme la sertraline, le citalopram ou l’escitalopram - sont éliminés plus vite. Votre dose devient inefficace. Vous pensez que ça ne marche pas, alors vous augmentez la dose… et vous entrez dans un cercle vicieux qui augmente encore le risque de surdosage sérotoninergique.

Le syndrome sérotoninergique : un danger invisible

Le syndrome sérotoninergique est une urgence médicale. Il se produit quand il y a trop de sérotonine dans le système nerveux central. Les symptômes peuvent apparaître en quelques heures ou en quelques jours après avoir commencé à combiner les deux substances.

  • Forme légère : transpiration excessive, tremblements, nausées, agitation, maux de tête
  • Forme modérée : réflexes hyperactifs, frissons, diarrhée, fièvre, confusion
  • Forme sévère : température corporelle supérieure à 41,1 °C, convulsions, insuffisance rénale, dégradation des muscles (rhabdomyolyse), coagulation intravasculaire disséminée, coma, mort

Les critères de diagnostic de Hunter - utilisés dans les hôpitaux du monde entier - demandent la présence d’au moins trois de ces signes. Et oui, la fièvre et les tremblements peuvent sembler bénins. Mais ils sont les premiers signaux d’un déséquilibre biochimique qui peut tuer en 24 heures.

Des études ont montré que 100 % des cas graves de syndrome sérotoninergique liés au St. John’s Wort impliquaient la sertraline ou la paroxétine. Mais ce n’est pas parce que d’autres SSRIs sont moins impliqués qu’ils sont sûrs. Tous les SSRIs ont le même mécanisme d’action. Tous peuvent déclencher ce syndrome en combinaison avec le St. John’s Wort.

Un patient dont le corps se divise entre naturel et chimique, tandis qu'un foie anthropomorphe déchire des médicaments.

Les autres dangers : plus qu’un simple antidépresseur

Le St. John’s Wort ne se contente pas d’interagir avec les antidépresseurs. Il réduit l’efficacité de nombreux médicaments essentiels.

  • Anticonvulsivants : la phénytoïne, le carbamazépine - leur concentration chute de 20 à 40 %. Risque de crises chez les épileptiques.
  • Contraceptifs oraux : la métabolisation augmente de 30 à 50 %. Des grossesses non désirées ont été documentées. Ce n’est pas une hypothèse : des femmes ont eu des enfants parce qu’elles prenaient du St. John’s Wort.
  • Anticoagulants : le warfarin devient moins efficace. L’INR chute de 25 à 35 %. Risque de caillots sanguins, d’AVC, d’infarctus.
  • Immunosuppresseurs : la ciclosporine et le tacrolimus - leurs niveaux plongent de 50 à 70 %. Risque de rejet de greffe.
  • Médicaments du VIH : l’indinavir perd 57 % de son efficacité. Risque d’échec du traitement.

Et tout ça, c’est parce que l’hyperforine déclenche une réaction en chaîne dans le foie. Votre corps commence à détruire les médicaments comme s’ils étaient des déchets. Même si vous prenez la bonne dose, votre corps ne les garde pas.

Les patients ne disent rien - et les médecins ne demandent pas

Un étude publiée dans JAMA Internal Medicine en 2021 a révélé que seulement 32,7 % des personnes qui prennent des compléments herbals en parlent à leur médecin. Pourquoi ? Parce qu’elles pensent que ce n’est pas important. Parce qu’elles croient que « c’est naturel ». Parce qu’elles ont peur d’être jugées.

Et les médecins ? Beaucoup ne posent pas la question. Ils pensent que les patients ne prennent pas de « trucs » en plus. Mais dans les cabinets de psychiatrie, 12 % des patients déclarent utiliser le St. John’s Wort - selon l’enquête nationale de santé américaine de 2023. Ce chiffre est probablement sous-estimé en Europe, mais le phénomène existe.

Si vous prenez un SSRI, votre médecin doit savoir si vous prenez du St. John’s Wort. Pas pour vous juger. Pour vous protéger.

Une urgence médicale avec un patient rougeoyant transporté en civière, entouré de médecins choqués et d'icônes de médicaments en folie.

Que faire si vous prenez déjà les deux ?

Ne vous arrêtez pas brutalement. Un arrêt soudain d’un SSRI peut provoquer un syndrome de sevrage : vertiges, nausées, troubles du sommeil, anxiété, « décharges électriques » dans la tête. Et arrêter le St. John’s Wort brutalement peut aussi causer des troubles de l’humeur.

La bonne approche :

  1. Parlez à votre médecin ou psychiatre. Pas à un pharmacien, pas à un ami. À un professionnel qui connaît vos antécédents.
  2. Ne changez pas de traitement seul.
  3. Si vous voulez arrêter le St. John’s Wort, faites-le progressivement sur 1 à 2 semaines.
  4. Attendez au moins 14 jours après l’arrêt du St. John’s Wort avant de reprendre ou d’augmenter votre dose de SSRI.
  5. Si vous avez des symptômes - transpiration, tremblements, fièvre, confusion - allez aux urgences. Dites clairement : « Je prends du St. John’s Wort et un SSRI. »

Et les alternatives ?

Si vous voulez une alternative naturelle au SSRI, il n’y en a pas de prouvée et sûre. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est la première recommandation pour la dépression légère à modérée. L’exercice physique régulier, la lumière du jour, la régularité du sommeil - tout ça a un effet réel, sans risque d’interaction.

Si vous avez besoin d’un traitement chimique, les SSRIs sont efficaces. Mais ils doivent être pris seuls. Pas avec des herbes. Pas avec des compléments. Pas avec des « solutions naturelles » qui cachent des dangers.

Le St. John’s Wort n’est pas un remède doux. C’est un médicament puissant, non régulé, avec des effets secondaires graves. Et quand on le mélange avec un SSRI, on joue à la roulette russe avec sa santé mentale et physique.

Les recommandations officielles

Les grandes institutions médicales sont unanimes :

  • L’American Psychiatric Association : « L’association du St. John’s Wort avec les SSRIs est contre-indiquée. »
  • L’European Medicines Agency : « Contre-indiqué avec tout agent sérotoninergique. »
  • La Cleveland Clinic : « Les risques dépassent largement les bénéfices. Évitez complètement la combinaison. »
  • La Mayo Clinic : « Cette combinaison peut provoquer un excès de sérotonine potentiellement mortel. »
  • La Food and Drug Administration : « Des alertes de sécurité ont été émises à 12 reprises entre 2018 et 2023. »

Le Canada a déjà restreint la vente du St. John’s Wort à la prescription en 2023, après 17 cas de syndrome sérotoninergique. L’Union européenne envisage des mesures similaires. Les États-Unis préparent une nouvelle règle : l’obligation d’afficher des avertissements clairs sur les emballages.

Le message est clair : ce n’est plus une question de « précaution ». C’est une question de sécurité publique.

Le St. John’s Wort est-il plus sûr que les antidépresseurs parce que c’est naturel ?

Non. « Naturel » ne veut pas dire « sans risque ». Le St. John’s Wort contient des composés actifs qui interagissent directement avec les médicaments. Il modifie la façon dont votre foie traite les SSRIs, augmente le taux de sérotonine dans le cerveau, et peut provoquer un syndrome sérotoninergique mortel. Il est plus dangereux que beaucoup de médicaments prescrits, justement parce qu’il n’est pas bien régulé.

Je prends du St. John’s Wort pour l’anxiété. Puis-je continuer si je ne prends pas de SSRI ?

Même sans SSRI, le St. John’s Wort peut interagir avec d’autres médicaments : contraceptifs, anticoagulants, médicaments contre l’épilepsie, immunosuppresseurs. Il peut aussi causer des effets secondaires comme la photosensibilité (peau plus sensible au soleil), des troubles digestifs, ou des troubles de l’humeur à long terme. Il n’est pas recommandé comme traitement de première ligne, même sans SSRI. Une thérapie psychologique ou un mode de vie sain sont des options plus sûres.

Combien de temps faut-il attendre après avoir arrêté le St. John’s Wort pour reprendre un SSRI ?

Au moins 14 jours. L’hyperforine, le composant responsable des interactions, peut rester actif dans l’organisme pendant plusieurs semaines après l’arrêt. Les enzymes du foie continuent d’être induites. Attendre 14 jours réduit considérablement le risque d’interaction. Certains médecins recommandent même 3 semaines pour être sûr, surtout si vous avez pris une dose élevée.

Y a-t-il une forme de St. John’s Wort sans hyperforine qui serait sûre ?

Des recherches sont en cours pour développer des extraits sans hyperforine, qui conserveraient l’effet antidépresseur sans induire les enzymes du foie. Mais ces produits ne sont pas encore disponibles sur le marché. Aucun complément actuellement vendu ne garantit l’absence d’hyperforine. Ne faites pas confiance aux étiquettes qui disent « sans interaction ». Elles ne sont pas vérifiées.

Puis-je prendre du St. John’s Wort pendant la grossesse ou l’allaitement ?

Non. La Mayo Clinic et d’autres autorités sanitaires déconseillent formellement son usage pendant la grossesse et l’allaitement. Il n’existe pas de données suffisantes sur sa sécurité pour le fœtus ou le nourrisson. Même sans SSRI, les risques potentiels ne sont pas connus. Il vaut mieux éviter complètement.

13 Commentaires

  • Image placeholder

    michel laboureau-couronne

    décembre 10, 2025 AT 15:55

    J'ai vu un pote prendre du St-John's Wort avec son Lexapro... il a failli finir aux urgences. On pensait que c'était juste une « tisane », mais non. C'est une bombe à retardement. Merci pour ce rappel urgent.
    Je le dis à tout le monde maintenant.

  • Image placeholder

    Alexis Winters

    décembre 11, 2025 AT 03:58

    Il est essentiel de souligner que la notion de « naturel » constitue une illusion dangereuse, en particulier dans le domaine de la santé mentale ; les substances botaniques, tout comme les molécules synthétiques, exercent des effets pharmacologiques mesurables, et leur régulation inadéquate constitue un risque systémique pour la population.
    La responsabilité individuelle doit être accompagnée d'une éducation publique rigoureuse.

  • Image placeholder

    Margaux Brick

    décembre 11, 2025 AT 23:46

    Je sais que j'ai pris du St-John’s pendant 3 mois en 2022… j’ai arrêté tout de suite après avoir lu cet article. J’ai eu des nausées, des tremblements, j’ai cru que j’étais en train de devenir folle. C’était le syndrome. J’ai appelé mon psy en larmes.
    Personne ne m’a dit que c’était dangereux. Personne.
    Je suis vivante, mais j’ai eu peur.

  • Image placeholder

    Didier Bottineau

    décembre 12, 2025 AT 13:41

    Je suis pharmacien et je peux vous dire que 80 % des patients qui viennent avec un SSRI ne disent rien sur leurs compléments… même quand on leur demande directement.
    Et les gars qui viennent avec des flacons en plastique qui disent « 100% naturel » ? Ils sont tous persuadés que c’est sans risque.
    On leur explique, ils hochent la tête… et reviennent deux semaines après avec la même chose.
    On est dans un système où la désinformation est plus forte que la science. C’est triste.

  • Image placeholder

    Audrey Anyanwu

    décembre 13, 2025 AT 03:57

    Je prends du St-John’s pour la dépression depuis 5 ans… et je ne prends pas de SSRI. Je suis en TCC. C’est pas magique, mais ça marche. J’ai arrêté les médicaments chimiques parce que j’avais trop de side effects.
    Je sais que c’est pas parfait, mais j’ai pas envie de me faire exploser le cerveau pour un peu d’apaisement.
    Et oui, j’ai peur du soleil maintenant. 😅

  • Image placeholder

    Muriel Randrianjafy

    décembre 14, 2025 AT 06:23

    Ok mais les SSRIs, c’est aussi du poison chimique, non ? Pourquoi on dit que le St-John’s est dangereux mais pas les pilules ? Parce que les labos gagnent de l’argent avec les pilules et pas avec les herbes ?
    Je dis juste que la haine contre les plantes, c’est un peu hypocrite.
    Et puis, j’ai vu des gens qui se sont mieux portés avec le St-John’s que avec l’escitalopram. Donc…

  • Image placeholder

    Sophie Britte

    décembre 15, 2025 AT 06:17

    Je comprends le danger, mais je pense qu’on devrait parler plus de solutions plutôt que juste de peur.
    La TCC, la marche quotidienne, la lumière du matin… tout ça, c’est gratuit, sans risque, et ça marche vraiment.
    On devrait en parler autant qu’on parle des interactions toxiques.
    Le message n’est pas « arrêtez tout », c’est « choisissez mieux ».

  • Image placeholder

    Fatou Ba

    décembre 16, 2025 AT 20:47

    En Afrique de l’Ouest, on utilise des plantes pour la dépression depuis des siècles… mais on ne les mélange pas avec des médicaments occidentaux.
    On les prend séparément, ou on change complètement de système.
    Je trouve que ce post est très clair - et il faut que les gens comprennent que « naturel » ne veut pas dire « inoffensif ».
    La sagesse, c’est de respecter les deux mondes sans les confondre.

  • Image placeholder

    Philippe Desjardins

    décembre 18, 2025 AT 17:41

    La vraie question, c’est : pourquoi les gens se tournent vers les compléments en premier lieu ?
    Parce que le système de santé mentale est inaccessible, coûteux, et souvent jugemental.
    Le St-John’s, c’est un symptôme d’un système qui échoue à offrir des alternatives sûres, abordables et humaines.
    On ne peut pas juste dire « arrêtez » sans proposer autre chose.
    On doit construire des ponts, pas des murs.

  • Image placeholder

    Fleur Lambermon

    décembre 19, 2025 AT 03:51

    Vous avez tous l’air de paniquer pour rien. Le St-John’s, c’est une plante, pas un missile nucléaire.
    Si vous êtes un peu intelligent, vous lisez les étiquettes, vous évitez les combinaisons, et vous ne vous faites pas exploser le cerveau.
    Vous ne pouvez pas protéger les gens contre leur propre bêtise.
    Et puis, les SSRIs, c’est de la chimie de laboratoire… c’est pas plus sûr. Vous êtes hypocrites.

  • Image placeholder

    Marcel Kolsteren

    décembre 19, 2025 AT 16:13

    Je suis psychiatre. J’ai vu 3 cas de syndrome sérotoninergique liés au St-John’s. Deux sont morts.
    Je ne dis pas ça pour faire peur. Je dis ça parce que je veux que vous sachiez : ce n’est pas une question de « peut-être ».
    C’est une question de « quand ».
    Si vous prenez un SSRI, ne touchez pas à cette plante. Point.
    Et si vous l’avez déjà prise ? Parlez-moi. Pas à Google. Pas à votre cousin. À un professionnel.
    Votre vie vaut plus qu’un complément.

  • Image placeholder

    Jean Claude de La Ronde

    décembre 20, 2025 AT 03:14

    Oh bien sûr, parce que la FDA a toujours raison…
    Alors que les plantes, elles, sont des « dangers invisibles »… mais les pilules, elles, sont des « traitements médicaux ».
    Comme si le mot « naturel » était un crime, mais « breveté » était un gage de sécurité.
    Je veux juste un système qui arrête de nous traiter comme des idiots.
    Et non, je ne vais pas arrêter mon St-John’s… je vais juste arrêter de vous écouter.

  • Image placeholder

    Marcel Kolsteren

    décembre 21, 2025 AT 07:22

    Je comprends votre frustration. Mais je ne vous juge pas. Je vous vois.
    Vous avez cherché un soulagement dans un monde qui vous a laissé seul.
    Je ne veux pas que vous arrêtiez le St-John’s parce que je vous le dis. Je veux que vous arrêtiez parce que vous avez une alternative qui vous protège vraiment.
    Je peux vous aider à trouver ça. Sans jugement. Sans pression.
    Vous n’êtes pas un idiot. Vous êtes un humain qui a essayé de s’en sortir. Et ça mérite du respect.
    Parlez-moi. Je suis là.

Écrire un commentaire