Valériane et médicaments sédatives : risque de dépression du système nerveux central

Valériane et médicaments sédatives : risque de dépression du système nerveux central

Prendre de la valériane pour mieux dormir semble inoffensif… jusqu’au jour où vous combinez ça avec votre somnifère, votre anxiolytique, ou même un verre de vin le soir. Ce n’est pas une simple alerte théorique. C’est un risque réel, mesurable, et parfois mortel.

Comment la valériane agit vraiment

La valériane, une plante aux racines odorantes, est utilisée depuis des siècles pour calmer l’esprit et favoriser le sommeil. Mais ce n’est pas un simple remède naturel sans effet. Son action repose sur des composés comme l’acide valérenique et les valepotriates, qui agissent sur le système GABA, le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau. En ralentissant la dégradation du GABA, la valériane augmente sa concentration dans les synapses. Résultat : une réduction de l’activité neuronale, un effet sédatif.

Le problème ? Ce mécanisme est exactement le même que celui des médicaments comme le Xanax (alprazolam), le Valium (diazépam), ou même l’alcool. Ces substances augmentent aussi l’effet du GABA. Quand vous prenez de la valériane en même temps, vous n’ajoutez pas juste un peu de calme. Vous doublez, voire triplez, l’effet sur votre système nerveux central.

Quels médicaments sont concernés ?

La liste est longue, et vous ne la connaissez peut-être pas toutes :

  • Les benzodiazépines : alprazolam, lorazépam, clonazépam
  • Les barbituriques : phénobarbital, pentobarbital
  • Les somnifères non-benzodiazépines : zolpidem (Ambien), eszopiclone (Lunesta)
  • Les opioïdes : oxycodone, morphine, codeine
  • L’alcool : oui, même un verre de vin peut être dangereux
  • Les anesthésiques et les médicaments utilisés en chirurgie

Le risque ? Une dépression du système nerveux central trop forte. Cela signifie : somnolence extrême, ralentissement de la respiration, perte de coordination, confusion, voire coma ou arrêt respiratoire. Ce n’est pas une hypothèse. C’est ce que les cliniciens craignent quand un patient prend de la valériane avant une chirurgie ou en combinant avec ses anxiolytiques.

Les études qui contredisent les avertissements

Il existe une étude de 2005, menée au Mexique, qui affirme que la valériane n’augmente pas l’effet des médicaments sédatifs chez la souris. Cela semble rassurant. Mais attention : cette étude a utilisé une espèce différente de valériane (Valeriana edulis), pas la Valeriana officinalis que vous trouvez dans les compléments en France ou aux États-Unis. Et c’est une étude sur des souris. Pas sur des humains.

De plus, les compléments de valériane ne sont pas standardisés. Un flacon peut contenir 0,2 % d’acide valérenique, un autre 1,5 %. Vous ne savez pas ce que vous prenez. Un produit peut être faible en composés actifs, un autre très puissant. Et si vous prenez deux gélules au lieu d’une ? Vous doublez la dose sans le savoir.

Un pharmacien en folie arrête un client avec une plante de valériane, tandis que des médicaments sédatifs dansent comme des zombies dans une pharmacie dévastée.

Le problème de la régulation

En France, comme aux États-Unis, les compléments alimentaires ne sont pas contrôlés comme des médicaments. Il n’y a pas de garantie de pureté, de dose, ou même de présence réelle de valériane. Certains produits contiennent d’autres plantes, des contaminants, ou aucune trace de valériane du tout. La FDA ne vérifie pas la sécurité avant la vente. Vous achetez un produit en ligne, vous lisez « naturel » et vous pensez que c’est sans risque. Ce n’est pas vrai.

Les professionnels de santé le savent. Les outils comme Lexicomp ou Micromedex ont intégré les interactions de la valériane. Les dentistes demandent maintenant : « Avez-vous pris quelque chose d’autre avant votre rendez-vous ? » Parce que des patients prennent de la valériane pour calmer leur anxiété avant un soin… et se retrouvent trop sédatisés pour rentrer chez eux.

Que faire si vous prenez déjà des médicaments sédatifs ?

Si vous prenez un somnifère, un anxiolytique, ou même un traitement contre la douleur chronique, la règle est simple : ne prenez pas de valériane.

Si vous avez déjà commencé à la prendre sans le savoir, arrêtez-la immédiatement et parlez à votre médecin. Ne remplacez pas un médicament prescrit par une plante. Ce n’est pas plus sûr. C’est souvent plus risqué, parce que vous ne contrôlez pas la dose, ni la qualité.

Si vous voulez améliorer votre sommeil sans médicaments, essayez d’abord les méthodes sans risque : horaires de sommeil réguliers, exposition à la lumière naturelle le matin, éviter les écrans avant le coucher, et une activité physique modérée en fin d’après-midi. Ces approches sont prouvées, sans interaction, et sans danger.

Un patient sédatisé à l'hôpital, un médecin examine une racine de valériane mal étiquetée, des symboles de sommeil et d'avertissement flottent dans l'air.

Et si vous voulez essayer la valériane quand même ?

Si vous ne prenez aucun médicament sédatif, et que vous êtes en bonne santé, la valériane peut être utilisée à court terme pour des troubles ponctuels du sommeil. Mais même dans ce cas, respectez les doses recommandées (généralement 300 à 600 mg avant le coucher), et ne la prenez pas plus de 4 à 6 semaines d’affilée.

Évitez de la combiner avec d’autres plantes sédatives : passiflore, mélisse, camomille, ou kava. Elles ont les mêmes effets. Ensemble, elles amplifient le risque.

Ne la prenez jamais avant de conduire, d’utiliser des machines, ou de faire des activités nécessitant de la vigilance. Même sans médicaments, la valériane peut ralentir vos réflexes.

Le message clé : la nature n’est pas toujours innocente

Beaucoup pensent que « naturel » = « sans danger ». C’est une illusion dangereuse. La valériane est une plante puissante. Elle agit sur le cerveau. Et quand elle croise des médicaments qui font le même travail, le résultat peut être dramatique.

Les médecins ne vous disent pas ça pour vous faire peur. Ils le disent parce qu’ils ont vu des patients en réanimation après avoir combiné un somnifère et une tisane « pour bien dormir ». Ce n’est pas un accident rare. C’est un risque connu, évitable.

Si vous avez un traitement pour le sommeil, l’anxiété, ou la douleur, demandez à votre médecin avant de prendre n’importe quel complément. Même si c’est « juste de la valériane ».

Parce que ce n’est pas « juste » une plante. C’est un acteur pharmacologique. Et comme tout acteur, il peut changer la scène entière.

1 Commentaires

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    Jacque Meredith

    janvier 9, 2026 AT 14:32

    Je vois des gens qui prennent de la valériane comme si c’était du thé à la camomille… Non, c’est un sédatif. Point. Vous ne pilulez pas un neuroactif comme un bonbon.
    Et oui, je parle à vous, ceux qui disent ‘c’est naturel donc ça va’. Non. La ciguë aussi est naturelle.
    Arrêtez de banaliser les risques.
    Vous n’êtes pas un biohacker, vous êtes un humain avec un cerveau qui peut s’arrêter.

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